FEMINA, LE 15 OCTOBRE
1993
ENTRAIDE UN HOMME COURAGEUX
Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes l'action de Fernande Cagigao-Aubert auprès des enfants handicapés des bidonvilles de Lima, au Pérou.
A San Andrés, le vaste foyer-ferme édifié sur un terrain qu'elle a pu obtenir à 135 km- au nord de la capitale, cette Combière d'origine et son mari péruvien, Paco, ont recueilli bon nombre d'enfants qui, sans eux, auraient été abandonnés dans quelque faubourg sinistre ou croupiraient dans un asile psychiatrique tout aussi innommable.
Depuis la publication de
nos articles, beaucoup de choses. ont évolué à San Andrés. Au
printemps 1992, Fernande Cagigao-Aubert a reçu des menaces de
mort du Sentier lumineux, organisation terroriste, maintenant
décapitée après I'arrestation de son chef, Abimaïl Guzman. Le
Sentier Iumineux reprochait à Fernande d'être étrangère.
Contrainte de prendre ces menaces très au sérieux, elle a
choisi de regagner, momentanément la Suisse en compagnie de son
fils Pedro.
Le mari de Fernande, paraplégique, depuis l'âge de 15 ans et se déplaçant en chaise roulante est ainsi resté seul à la tête de San Andrés. Craignant d'être supprimé ou molesté par le Sentier lumineux, il s'est caché pendant quelques jours à Lima, changeant souvent de domicile. Hélas, certains parmi les plus jeunes enfants de San Andrés, se croyant abandonnés par "père et mère" se sont enfuis de nuit mais ont été retrouvés le lendemain, en larmes et épuisés. Paco, n'écoutant que son courage et l'amour qu'il porte à ses enfants, est revenu immédiatement à San Andrés qu'il gère depuis lors avec l'aide d'un couple très compétent. Son épouse a choisi de rester momentanément en Suisse, pour des raisons évidentes de sécurité.
La vie continue donc à San Andrés et certains projets ont malgré tout pu être menés à bien, telle une nouvelle construction destinée à abriter les enfants devenus adultes. Il n'est en effet pas pensable de renvoyer dans les pitoyables faubourgs de Lima des adolescents souffrant presque tous d'un handicap. Ce grand pavillon abrite désormais onze jeunes adultes, à 1 km environ du siège de San Andrés, mais dans le domaine. Paco s'est mué en architecte de cette construction et vit maintenant au milieu de ses grands enfants. Ce vaste local a pu être édifié en partie grâce à l'aide de plusieurs communes genevoises et à la municipalité de Lausanne. Quarante enfants sortent du foyer-ferme pour fréquenter l'école publique le matin. Ces gosses ayant en moyenne trois ans de retard scolaire, ce bâtiment éducatif servira à compléter l'enseignement officiel et à combler certaines lacunes. Il sera pourvu d'une bibliothèque.
Paco a engagé un psychologue à mi-temps pour l'aider à faire son travail d'animation et pour suivre l'évolution de chaque enfant. Le personnel travaillant à San Andrés reçoit également une formation pédagogique. Ainsi malgré toutes les difficultés et alors que les menaces de mort s'éloignent, personne ne baisse les bras à San Andrés. Fernande coopère avec son mari depuis la Suisse en donnant des conférences, en récoltant des fonds et en s'occupant de la correspondance avec les parrains. On peut les aider en devenant membre de l'Association Achalay, case postale 22, 1000 Lausanne9, CCP 10-002 387-0, Association des amis de Fernande et Paco, Achalay - San Andrés.
| A.D. | FEMINA, le 15 octobre 1993 |