TERRE & NATURE, LE 17 DECEMBRE 1998

LUEUR DANS LE NOIR

 

Achalay, l'association créée en Suisse il à y aura tantôt neuf ans pour soutenir l'oeuvre admirable de Fernande et Paco Cagigao, s'apprête à fêter Noël. Au terme d'une année où les satisfactions morales se sont mêlées aux soucis matériels, les progrès réjouissants des gosses aux contrariétés météorologiques. Il y a la misère, toujours proche, atténuée par les bouffées de joie enfantines. La notion d'humilité qui, chaque jour, grandit face à la réalité. Et la joie du parcours déjà accompli.
Combler les carences, tant alimentaires qu'affectives, tels sont les objectifs premiers de l'association, A cela s'ajoutent les soins médicaux, l'instruction et des activités artistiques destinées à favoriser la "renaissance" des enfants, comme l'indique Fernande.

L'année 1998 a été marquée par quelques séjours "d'utilité communautaire". Un éducateur spécialisé, Olivier Graf de Lausanne, a passé six mois à San Andrés. Un couple de menuisiers, venu de Lausanne également, Dominique Periat et Pïerre-Alain Chevalley, s'est investi, durant trois mois, dans la construction d'une place de jeu en bois. Un ébéniste de Blonay, Jérôme Zufferey, a réalisé une installation solaire pour chauffer l'eau. Il est vrai qu'à Achalay, été comme hiver, les douches étaient toujours à la même température!

Cette année, l'eau a fait défaut pendant près de trois mois. Cette défection imprévisible est à mettre au compte d'El Niño. Des villes côtières ont été inondées, voire ravagées par la boue. Même Lima, la capitale, n'a pas été épargnée.
Les pluies torrentielles tombant sur les Andes ont provoqué des glissements de terrain. Dans la nuit du 2 février 1998, un de ces éboulements, que l'on nomme huaicos au Pérou a touché l'écluse du canal irriguant la vallée dans laquelle se trouve Achalay. De nombreuses personnes, dont certains adolescents du foyer-ferme de San Andrés, ont immédiatement commencé la remise en état des lieux. Travail vain hélas, puisqu'un deuxième éboulement a anéanti les efforts déjà déployés.
Les choses se compliquent très vite lorsque l'on essaie de survivre sans eau courante. Chaque jour, dans la bonne humeur pourtant, et durant la période des vacances scolaires où les horaires sont moins contraignants, le tracteur d'Achalay a effectué un trajet d'environ 10 kilomètres pour ramener l'eau nécessaire à la cuisine et aux animaux. Lessive et toilette se sont faites directement près du point d'eau. Le jardin potager, lui, n'a pas survécu. Le verger, en revanche, a pu être sauvé grâce à un arrosage effectué par camion-citeme.
Nombreux sont d'ailleurs les voisins de l'association qui ont tout perdu. En amont et en aval du foyer-ferme, des centaines d'hectares de culture ont été entièrement recouverte par la boue. Le choléra est en recrudescence dans les bidonvilles, mais aussi ailleurs.

La vie continue à Achalay et les mômes gardent le sourire. Grâce à Fernande et Paco, mais surtout grâce aux centaines de membres de l'Association, pour la plupart en Suisse romande, qui tels des fourmis, réussissent à amasser les fonds nécessaires à cette oeuvre magnifique.

Nicole Debétaz, terre&nature, jeudi 17 décembre 1998