TERRE & NATURE, LE 9 SEPTEMBRE 1999

DESTINATION PEROU

Création d'un atelier de menuiserie au Pérou. Un jeune couple d'ébénistes romands conjugue intérêt professionnel et action humanitaire.

Une profession identique, une rencontre, des envies de bouger, de "voir du pays" comme on dit. Des idées qui conunencent à germer, les mois qui passent et les choses qui se mettent peu à peu en place. Aujourd'hui, tout est bien ficelé: le 20 octobre prochain, Pierre-Alain Chevalley et Dominique Périat (25 et 28 ans) s'envoleront pour Lima.
Sans Claire Chevalley, la maman de Pierre-Alain, il n'y aurait probablement jamais eu une telle aventure. Engagée depuis longtemps dans l'association Achalay, elle parraine Jorge, l'un des enfants recueillis par Fernande et Paco Cagigào, qui aujourd'hui vit au sein de la communauté des adultes de San Andrés. Elle a aussi, et à plusieurs reprises, confectionné des bouquets de fleurs séchées pour les vendre au profit d'Achalay. Pierre-Alain baigne donc tout au long de sa jeunesse dans un environnement familial où l'on parle soutien humanitaire. Et l'on agit.
Dominique, quant à elle, est née dans le canton du Jura. A Fahy plus précisément. Elle entame le même parcours professionnel que Pierre-Alain, puis trouve une place de travail à Lausanne. C'est dans une entreprise d'ébénisterie qu'ils font connaissance.

Premier voyage
En 1997, ils commencent à préparer leur premier voyage: une année, sac au dos, à travers le continent sud-américain. Le périple débutera, cela va de soi, par un bonjour à Achalay. Puis ce sera la Bolivie, le Chili, le Brésil, l'Argentine. Finalement, retour à la petite communauté blottie dans les collines à une centaine de kilomètres au nord de Lima.
Toutefois, ce qui au départ avait été prévu comme un séjour amical de deux à trois semaines va se transformer en un véritable défi. Avec un objectif précis: créer une aire de jeu pour les enfants. Grâce à la générosité de leur entourage, Pierre-Alain et Dominique avaient récolté la coquette somme de 4000 dollars. Une partie de cet argent aura servi à acheter, sur place, les fournitures nécessaires à la construction des jeux (bois, cordes, clous, boulons, outils). Le reste aidera à réparer les dégâts d'El Niño.
Lorsqu'ils s'étaient posés à Lima pour la première fois, ils avaient éprouvé un certain choc. Les bidonvilles qui, s'étendent sur des kilomètres. Les chemins de terre qui conduisent à la fondation. L'essaim d'enfants qui les accueillent chaleureusement. Plus tard, il y aura encore souvent matière à s'étonner, comme, par exemple, de voir cuisiner au feu de bois pour plus de 80 personnes. Si nos jeunes ébénistes ont quelques idées pour la construction de cette place de jeu, les décisions se prennent en accord avec les enfants. Les jeux sont pour eux. De plus, ce sont eux qui vont les construire sous la surveillance de Pierre-Alain et Dominique.

Décisions en commun
Deux mois seront nécessaires pour relever cette gageure avec une seule concession au modernisme: l'utilisation d'une perceuse électrique une heure par jour!
"Les enfants étaient fous de joie de pouvoir mettre la main à la pâte. Une fois la place de jeu terminée, il fallut même établir un horaire avec droit d'accès à la balançoire, au pont suspendu et au toboggan! Seule solution pour faire face au squat des grands".
Les quelques mois passés dans le Foyer-Ferme de San Andrés ont confirmé l'envie des deux bénévoles d'aller plus loin encore. De retour pour fêter Noël 1998 en famille, Dominique et Pierre-Alain savent déjà qu'ils repartiront. Avec une mission plus ambitieuse: former des "menuisiers" en deux ans. Un projet que Paco Cagigào, directeur de l'association, nourrit depuis des années. Un bâtiment a déjà été construit pour accueillir le futur atelier. Les aspects positifs de ce projet sont nombreux. Rendre des jeunes autonomes en leur apprenant un métier, en former d'autres comme maîtres d'apprentissage. Faire aussi bénéficier les habitants des hameaux voisins d'une telle formation. Une quinzaine de personnes constitueront la première volée. Signalons que l'équipement est financé par différentes institutions suisses et étrangères. C'est donc à l'aide de scies circulaires, de raboteuses et de dégauchisseuses que les apprentis vont apprendre à fabriquer fenêtres, portes, meubles et charpentes.
Dominique, on peut l'imaginer, profitera de son séjour pour se livrer à l'un de ses hobbys, la photographie. Quant à Pierre-Alain, amateur de pêche, son projet est bien parti pour faire mouche! Ici, comme au Pérou, beaucoup en sont convaincus et se réjouissent déjà de sa réussite.

Nicole Debétaz, terre&nature, jeudi 9 septembre 1999