Maximo

Date de naissance : 29.05.1980
Date d'entrée au foyer-ferme : 17.03.1993

Le cas est si fréquent qu'il ne paraîtrait pas dans l'ultime recoin d'un journal :
Un couple d'origine provinciale vit et travaille à Lima. Il voyage en vacances à son pays natal, lointaine province campagnarde. Il rencontre une parente très pauvre, veuve ou abandonnée, chargée d'enfants. Il lui propose d'en emmener un à Lima, le plus actif, réveillé, intelligent, pour l'élever comme son propre enfant, le faire étudier...
A Lima, parfois il aura peut-être la chance de pouvoir étudier, mais toujours il devra travailler sans repos ni droits pour payer son alimentation, les vêtements, les études, s'il y en a.
Généralement, c'est le petit serviteur (ou la petite servante) qui se lève avant et se couche après ses "patrons", nettoie la maison, lave le linge, fait les commissions, prépare les repas, n'importe quoi.

Maximo arriva à Lima en 1987, venant de Urubamba, Cusco, la sierra péruvienne, à plus de mille kilomètres au sud-est de Lima, amené par ses "oncles" maternels. Il avait sept ans.
Un peu plus grand, son travail consista en un kiosque de vente de journaux. Il devait aller à potron-minet aux lieux de distribution des quotidiens. Il était maltraité s'il restait endormi. Il fit plusieurs fugues.
Si un gosse fait des fugues, peu importe ce que contiennent de terrible les rapports psychologiques ou sociaux qui sont écrits à son sujet : c'est essentiellement un être avec le courage nécessaire pour ne pas accepter les mauvais traitements..

En février 1993, une dame, voisine du Home Temporaire de Terre des Hommes (TDH) leur demande d'accueillir Maximo. TDH nous avise.
En août 1992, le fils de la dame lui dit qu'un enfant dort toutes les nuits dans une auto abandonnée dans la rue, face à son domicile. La femme offre le logement à Maximo, contre l'opinion violente de son mari, et les insultes et menaces de la "tante", qui ne vit pas très loin et est mise rapidement au courant.
Notre brave femme se voit obligée de s'en référer à la police, qui remet Maximo au juge des mineurs, qui l'interne dans un foyer de l'état.

Il n'y a pas besoin d'être romancier pour imaginer les conditions matérielles, morales, etc., des homes d'un état en faillite qui ne peut même pas payer les salaires. Maximo s'échappe et va chercher sa protectrice, en novembre 1992.
C'est clair que Maximo ne peut retourner à sa province parce que rien n'y a changé entre-temps. Il ne supporte plus la vie auprès de ses oncles et sa protectrice ne peut l'accueillir sans mettre en danger la stabilité de sa propre famille.
Maximo vient à San Andrés le 17 mars 1993. Le jour suivant, il semble qu'il a toujours vécu parmi nous. Il est tranquille, doux, poli. Notre tâche est de faire en sorte qu'il n'ait pas la nécessité d'être différent. Nous l'avons inscrit à l'école de Santa Rosa en 71 de primaire.

Avril 1996