Roger
Date de naissance : 30.01.1981.
En juillet de l'an passé, le service social de l'Aldéa Infantil SOS de San Juan de Lurigancho nous demande que nous le recevions. Ils ont trois de ses frères et ne peuvent l'accueillir parce qu'ils s'occupent d'enfants normaux et Roger, par son comportement, semble ne pas l'être.
Nous avons parlé avec la maman, Gloria, 32 ans
(mais en paraissant 45). C'était une famille comme tant
d'autres; elle vivait à Pisco (sur la côte, 220 km. au sud de
Lima), avec son mari et leurs cinq enfants. En décembre 1989, le
mari se brûla grièvement à son travail (il était pêcheur) et
il mourut. Gloria resta sans recours avec ses cinq enfants et
enceinte !
Ils s'en vinrent à Lima, pour loger chez la maman de Gloria, la
grand-mère maternelle. C'est un appartement sur le toit d'une
maison de trois étages, où, de plus, vivent deux fils de la
grand-mère, avec leurs familles. C'est un quartier de petite
classe moyenne, ouvriers avec emploi fixe; les conditions sont
meilleures que dans un bidonville.
Gloria n'a rien appris, ainsi qu'elle se mit à
faire des ménages, laver et repasser du linge. Rien de fixe et
loin de gagner suffisamment pour alimenter ses cinq enfants.
Vient l'accouchement, c'est un garçon, et alors elle ne peut
plus travailler. Sur conseil de sa famille, elle cherche une
institution, Aldéas Infantiles SOS, interne les trois aînés;
un parent accueille l'avant-dernier et elle reste avec Roger -
qui fit une scène à l'Aidéas, ainsi qu'ils ne voulurent pas le
recevoir - et le nouveau-né.
Roger a des problèmes avec sa maman, sa grand-mère et ses
oncles. lis se plaignent de sa désobéissance, ses révoltes et
sa violence. Les choses vont crescendo, Roger abandonne l'école,
rôde, parfois il ne rentre même pas de la nuit. Sa maman le
voit jouer avec les vagabonds du quartier. Rapidement il parle
leur langage ...
Nous ne voulons pas accepter que Roger doive se
séparer de sa mère. Le problème économique n'est pas si
grave, le garçon pourrait être un soutien pour elle. Nous
conseillons un diagnostic et un traitement à l'hôpital
universitaire qui est près de son domicile, dispose d'un bon
service de psychologie. Gloria doit s'assurer que Roger entre à
la consultation, sinon il s'échappe.
Les psychologues conseillent une ambiance enfantine
rééducative. Nous savons que Caritas a des groupes d'enfants,
qu'ils se réunissent tous les matins pour réaliser des
activités. Nous l'inscrivîmes, ils l'expulsèrent.
Le rapport psychologique de l'hôpital, après plusieurs mois de
traitement, fait mention d'un noeud et d'un style de relations
ayant peu de probabilités de changer. Roger a senti comme aucun
autre frère la mort du père, il sent aussi que sa grand-mère
et ses oncles ne l'aiment pas, que sa mère est faible et ne peut
lui donner ce dont il a besoin. Sa réponse à cela est
l'agressivité.
Avril 1996