Oscar et Moisés

Date de naissance : 28.10.1985 (Oscar), 03.04.1988 (Moisés)
Date d'entrée au foyer-ferme : 09.05.1996

Ce, sont des demi-frères, âgés de 10 et 8 ans, que nous avons accueillis il y a quelques mois, maigres et sauvages, mais sympathiques et joyeux. Ils proviennent de la région, de Sayan, en amont, où ils étaient élevés par une grand-mère édentée, sans âge, analphabète, toute pauvre, pleine de tendresse envers ses petits-fils, orphelins.
Leur case de nattes de paille démantelées est sise loin du village et de tout, au bord du lit d'une rivière asséchée dix mois par an et ils possèdent un lopin de terre où croissent quelques légumes et du maïs poussif, faute d'engrais.

Il y a aussi des arbres donnant des fruits: des plataniers, des néfliers et des pacayes, des baies sauvages et des herbes médicinales dont la vieille connaît toutes les vertus. De loin, l'ensemble forme un joli décor champêtre; de près, tout paraît agonisant, désolant de solitude et d'abandon.
La rivière croit en décembre et janvier, saison des pluies dans la sierra et, chaque année, ils doivent abandonner leur masure, avec leurs 3 chèvres, leur chien, leur chat et leurs biens: 2 matelas, 2 couvertures et une casserole, trouvant un refuge exigu non loin, sur un monticule, au pied d'un manguier Ils y dorment alors à la belle étoile, serrés les uns contre les autres, jusqu'à ce que l'eau se retire et que le soleil ait asséché leur terrain.

La grand-mère me dit : "La vie, c'est surtout triste le soir"... Il n'y a rien pour s'éclairer lorsque tombe la nuit, pas de quoi acheter l'humble bougie qui prolongerait la journée. Cependant, Oscar et Moisés sont surprenant de curiosité, de douceur et de gentillesse; ils le doivent probablement à cette grand-mère chaleureuse qui leur a prodigué l'essentiel : l'amour. Ils sont passionnés par les insectes et la nature; ils collectionnent les scarabées, les hannetons et autres coléoptères, les observent, jouent comme avec des jouets, les gardent contre leur peau, sous le t-shirt, puis leur redonnent la liberté; leur monde est fait de ce coin de terre perdu et ils le connaissent dans ses moindres détails. Ils sont doux, poètes, tranquilles, un peu déconcertés de la vie grégaire bruyante de San Andrés. Moisés ne supporte pas que l'on touche à ses trésors (insectes, etc.), il doit apprendre la vie communautaire, le partage.

C'est l'infirmière du Poste de Santé de Sayan qui nous a demandé d'accueillir ces deux frères; leur petite taille et leur maigreur l'a frappée et elle a pensé à Achalay. La grand-mère est reconnaissante que nous veillions à leur éducation, même si, sans eux, elle demeure plus retirée du monde que jamais; leur avenir est en jeu et elle est fière qu'ils apprennent à lire et à écrire. Elle leur fait toutes sortes de recommandations.
Oscar et Moisés retournent chaque mois passer une fin de semaine auprès d'elle et ils en reviennent contents. Plus rarement, la grand-mère vient nous rendre visite, apportant toujours quelques fruits sauvages qu'elle nous offre en souriant de sa dent unique de travers. Elle regarde les lits aux draps à dessins, les jouets... Elle voit comme ses petits se remplument, leurs progrès scolaires. Quelle expression de contentement passe alors dans ses yeux !

Décembre 1996