Edwin

Date de naissance : 21.05.1988
Date d'entrée au foyer-ferme : 22.02.1999
Date de départ du foyer-ferme : janvier 2000

Edwin est victime d'une situation que nous connaissons bien, celle que nous appelons "la famille désintégrée" : enfant non désiré d'un couple (qui n'en est pas vraiment un) trop jeune. C'est une grand-mère qui s'en est chargé. Le père et la mère ont trouvé d'autres compagnons ou se sont mariés et ont oublié l'enfant. C'est un phénomène que l'on rencontre surtout dans les classes populaires.
Sa mère a confié Edwin à la grand-mère paternelle quand il avait 5 mois et depuis lors il a toujours vécu avec elle. La grand-mère vit de la vente de journaux à partir d'un petit kiosque ambulant, monté sur roues, qu'ils poussent chaque matin jusqu'à une grande artère très proche de leur maison, située à El Ermitaño, un ancien bidonville qui aujourd'hui est presque au centre de Lima.

Edwin a ainsi entamé un processus que nous ne connaissons que trop bien : au début il aide sa grand-mère à vendre les journaux et ainsi s'intègre progressivement à la dynamique de la rue. Il manie de l'argent, rencontre d'autres enfants qui travaillent ou vagabondent, se joint à eux de plus en plus souvent, et acquiert une certaine autonomie vis à vis de sa grand-mère qui perd son autorité sur lui, si tant est qu'elle en eut jamais. L'école, qui a déjà si peu de raison d'être, n'en a plus du tout et il fait de plus en plus souvent l'école buissonnière. L'an dernier, il n'a pas été admis dans la classe supérieure.

La grand-mère nous demande de l'accueillir car elle pense que c'est le seul moyen d'interrompre ce processus. Nous parlons avec Edwin qui lui aussi se rend compte qu'il est sur une mauvaise pente mais il hésite à quitter sa grand-mère car il sait qu'elle a besoin de lui. Nous parlons avec le père qui vit dans le voisinage avec son épouse et deux jeunes enfants. Il nous dit qu'il travaille en province et ne peut donc pas surveiller le garçon, ce qui est exact et lui sert en même temps de prétexte.

Edwin accepte de venir chez nous, à l'essai. Il s'adapte très vite.
Deux semaines plus tard, en fin d'après midi nous voyons arriver à San Andrés une jeune et jolie femme accompagnée d'un enfant de 2 ans; elle nous dit être la mère d'Edwin et venir le chercher car elle a maintenant une famille et elle ne saurait permettre qu'un de ses enfants soit dans une institution. Nous répondons que nous n'y voyons pas d'inconvénient à condition qu'Edwin soit d'accord. Survient alors une scène houleuse au cours de laquelle l'enfant finit par déclarer qu'il se tuera si on l'emmène... La mère repart en s'interrogeant sur les raisons de l'attitude de l'enfant. Nous lui disons qu'il ne lui pardonne pas de l'avoir abandonné et essayons de lui faire comprendre que c'est ce qui est au coeur des problèmes de son fils et qu'il en souffre.

L'attitude d'Edwin à l'égard de son père semble être différente car il ne manifeste aucune hostilité. Nous pensons qu'en agissant au niveau des rapports entre père et fils, et en inculquant des habitudes et des valeurs à l'enfant, ce dernier pourrait, d'ici quelque temps, aller vivre avec son père, car si la famille est pauvre elle n'est toutefois pas dans la misère.

avril 1999